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lundi 30 novembre 2015

Le trésor énergétique caché de la Bolivie

Salar d'Uyuni

Il y a sept ans, depuis les hauteurs du salar d'Uyuni, le président de la République Evo Morales inaugurait le projet d'exploitation du lithium bolivien. Il concrétisait ainsi un rêve qui lui est cher. À travers la réalisation de ce projet, les dirigeants boliviens entendent inscrire leur pays au cœur du nouveau paradigme énergétique mondial. Mais s'en donnent-ils les moyens ?

Découvrez la suite de mon article sur Ijsberg Magazine.

dimanche 19 octobre 2014

"Les égarés du Chaco"


Des acteurs boliviens sur la scène parisienne

Ce dimanche 19 octobre, la pièce Les égarés du Chaco s'est produite pour la dernière fois au théâtre de l’Épée de bois, à Paris. Sur scène, sept Boliviens donnent à voir la dure épreuve qu'ont vécue les soldats boliviens lors de la guerre du Chaco, particulièrement meurtrière.

Une aventure théâtrale

Le lieutenant Contreras a perdu la mémoire. Lorsque sa fiancée Hélène lui rend visite dans sa chambre d'hôpital, il ne la reconnaît pas. Pourtant, durant sa longue épopée dans le Chaco, il n'a cessé de penser à elle, et chaque jour il a écrit dans son journal des mots qui lui étaient adressés. Hélène récupère le carnet du rescapé, et tandis qu'elle entame sa lecture, le rideau s'ouvre pour dévoiler un sol de terre ocre, dont émergent quelques souches d'arbres. Le décor est planté : un paysage désertique, hostile, inhospitalier. Le lieutenant Contreras est entouré de quatre autres soldats, perdus dans le Chaco, sans carte ni boussole, à la recherche d'une hypothétique lagune. Pendant une heure et demie, les hommes vont lutter contre la chaleur, l'épuisement, la fièvre et les hallucinations. Et tandis que leur réserve d'eau s'épuise, leurs espoirs s'amoindrissent et les conflits surgissent entre ces esprits fatigués.

La pièce raconte un épisode dramatique de l'histoire de la Bolivie, la guerre du Chaco, qui s'est déroulée entre 1932 et 1935. À l'origine de ce conflit entre la Bolivie et le Paraguay, une incertitude sur les délimitations frontalières et l'espoir de trouver du pétrole dans la région. Cependant, la lutte ne mènera qu'à trois ans de combats meurtriers, et la Bolivie perdra ces territoires, au profit de son voisin paraguayen.


Quelques années après la guerre, en 1938, l'auteur franco-bolivien Adolfo Costa du Rels publie La Lagune H3, roman dans lequel il relate l'histoire d'un régiment de soldats boliviens égaré lors de la guerre du Chaco. L'ouvrage, initialement paru en français, est traduit en espagnol en 1967. Et une cinquantaine d'années plus tard, la première École Nationale de Théâtre de Bolivie entame un projet de création à partir de ce roman. Bâtie en 2004 dans un quartier défavorisé de Santa Cruz, l'école rassemble des jeunes issus de tous milieux sociaux, originaires de différentes villes boliviennes. Au sein de l'établissement se crée une petite troupe, la compagnie Amassunu, qui met sur pied le projet et fait ainsi naître son premier spectacle : Les égarés du Chaco. La pièce, mise en scène par Jean-Paul Wenzel et adaptée par Arlette Namiand, effectue une première tournée en Bolivie avant d'atterrir sur le sol parisien pour une vingtaine de représentations.

« Une partie de moi est restée là-bas, dans le Chaco »

Les jeunes acteurs interprètent avec brio l'aventure de ce groupe d'hommes perdus, nourrispar l'espoir de trouver un jour de l'eau pour assouvir leur soif de plus en plus prégnante. Une fausse boussole en poche, le capitaine Borlagui mène la troupe par l'illusion, mensonge nécessaire pour assurer la cohésion entre les soldats. Pour éviter la chaleur écrasante qui règne, ils dorment en journée et marchent la nuit. Le jour, des démons peuplent leurs rêves ; la nuit, des présences invisibles les encerclent. Dans cet enfer chaud et sec, chacun chercheun recours pour ne pas sombrer dans l'angoisse : Dieu, croyances maléfiques, superstitions. Pour Arlette Namiand, « la force de cette écriture, c’est que l’auteur donne à voir la réalité de ces hommes errant dans la jungle aux prises avec la faim, la soif, la peur, l’épuisement, les fièvres, petite communauté d’hommes où la hiérarchie sociale, militaire, les ambitions, le pouvoir, les trahisons, la solidarité, le cynisme, l’espoir, le désespoir, le rire et les pulsions de violence,redéfinissent à chaque pas, à chaque souffle, les lignes de force et de fuite ».

Tandis que le spectacle touche à sa fin, nous nous retrouvons face au lieutenant Contreras, de nouveau dans sa chambre d'hôpital, qui nous confie : « une partie de moi est restée là-bas, dans le Chaco ». Ses paroles traduisent un état d'esprit typique de ce peuple meurtri. Au cours de son histoire, la Bolivie a en effet perdu de nombreux territoires, et ne s'en est jamais véritablement remise. Un siècle après la guerre du Pacifique, elle revendique toujours les terres que le Chili lui a retirées. Plus de quatre-vingt ans après la guerre du Chaco, ces jeunes acteurs n'ont pas oublié le combat qui les a opposés aux Paraguayens. Une partie de la Bolivie est restée là-bas, dans le Chaco.

Audrey SÉRANDOUR

Les égarés du Chacopoursuit sa tournée : du 28 octobre au 1ernovembre 2014 à Genève, et les 4 et 5 novembre 2014 à Lyon.

* La photo illustrant cet article est issue du dossier de presse de la pièce Les égarés du Chaco.

jeudi 9 octobre 2014

Bolivie-Chili : un différend inchangé

Nouveau développement dans

la revendication maritime bolivienne


Jeudi dernier, le Ministère des Affaires étrangères chilien a diffusé une vidéo qui n'a pas manqué de faire réagir le gouvernement bolivien. Elle vient en réponse à la demande maritime présentée par la Bolivie à la Cour Internationale de Justice, en avril 2013. Cependant, les autorités boliviennes ont mal reçu cette initiative, qui fait écho à plus d'un siècle de différend entre les deux pays.


Un document chilien aux visées diplomatiques

Le Chili a lancé une contre-offensive médiatique à la demande déposée par la Bolivie à La Haye. Une vidéo de sept minutes, dont le titre suffit à donner le ton : « Le Chili et la revendication maritime, mythe et réalité ». Le mythe ? Que la Bolivie n'a pas d'accès à la mer. La réalité ? Que le Chili déploie d'importants moyens pour préserver « tous les avantages et les privilèges du transit libre dont  jouit la Bolivie », et qui « coûtent au Chili, selon les estimations, environ 100 millions de dollars par an ». Afin de défendre ce discours, le choix des intervenants n'a pas été laissé au hasard. On voit ainsi s'exprimer le Ministre des Affaires étrangères, Heraldo Muñoz, mais également la Présidente Michelle Bachelet et trois anciens présidents du Chili. Ensemble, ils font passer un message clair, visant à démontrer que « la Bolivie a accès à la mer », grâce aux nombreux efforts réalisés par le Chili en sa faveur.

Le document audiovisuel fait suite à plus d'un siècle de litige entre ces deuxpays voisins. En effet, lors de la guerre du Pacifique (de 1879 à 1884), qui a opposé le Chili au Pérou et à la Bolivie, cette dernière a perdu ses 400 kilomètres de littoral. En 1904, un traité de paix et d'amitié est signé par les gouvernements chilien et bolivien, entérinant les pertes territoriales. Depuis lors, la Bolivie demeure un pays enclavé, ne disposant d'aucun accès à la mer. Cependant, le problème de la perte de son littoral reste très présent dans l'histoire politique de la Bolivie, et notamment dans ses relations avec le Chili. Plus d'un siècle plus tard, le désir de récupérer son littoral habite toujours le peuple bolivien. En 2013, cette aspiration collective mène les dirigeants du pays à engager une procédure contre le Chili devant la Cour Internationale de Justice. À La Haye, ils déposent une demande d'« obligation de négocier un accès à l'Océan Pacifique ».


Une initiative qui déplaît au gouvernement bolivien

De son côté, le gouvernement du Chili estime que les demandes de négociations de son voisin andin ne sont pas justifiées. Sur les images de la vidéo, les dirigeants chiliens insistent sur l'importance du respect des traités, estimant qu'ils sont nécessaires au maintien de bonnes relations entre les pays. Ainsi, Heraldo Muñoz, proclame que « le traité de 1904 est en vigueur et est respecté par les deux États, le Chili et la Bolivie, depuis 110 ans ». Il ajoute que la politique étrangère de son « pays repose sur le respect des traités et du droit international, et [que l']une de ses principales caractéristiques est le respect des traités établissant des frontières, car cela assure la stabilité de celles-ci et la stabilité des relations entre les États ». Il n'est donc pas envisageable de rediscuterles traités, qui garantissent la paix bilatérale. L'ancien Président du Chili Ricardo Lagos va plus loin, en estimant que la demande de négociation de la Bolivie « affecte l'ensemble du système juridique international ». À ses yeux, avec la remise en cause d'une convention « aucun traité ne serait sûr » dans le monde.

La Bolivie n'a pas tardé à répondre à ces propos, n'acceptant pas les arguments avancés par le gouvernement chilien. Le jour même, l'ancien Président bolivien et porte-parole de la demande maritime, Carlos Mesa, s'est exprimé dans les journaux et auprès de CNN Chile. Il a estimé qu'à travers sa vidéo – qu'il qualifie de « propagande » – le Ministère des Affaires étrangères chilien n'apportait aucun argument allant à l'encontre de la requête bolivienne auprès de la Cour Internationale de Justice. Il insiste en affirmant que la Bolivie ne remet pas en cause le traité de 1904, ni les traités internationaux. Au contraire, sa sollicitation vise à poursuivre les négociations, car le traité de 1904 reste insuffisant aux yeux des autorités boliviennes. En effet, le commerce extérieur de la Bolivie a beaucoup évolué depuis 1904, et il s'agit désormais de s'intégrer et de s'affirmer dans les réseaux économiques mondialisés. L'objectif est doncde permettre à la Bolivie d'obtenir un accès souverain à la mer, afin qu'elle puisse y développer ses propres ports et faire partie intégrante du marché économique mondial. Dans ce contexte, Mesa estime que la vidéo chilienne ne faitque semer le trouble dans la communauté internationale.


Un rebondissement opportun ?

Dans les jours qui ont suivi la publication de la vidéo chilienne, les réactions se sont multipliées au sein du gouvernement bolivien. Le 4 octobre, à l'occasion d'une conférence de presse, c'est le Président Evo Morales qui s'est exprimé sur le sujet. Il a rappelé qu'à travers la demande déposée auprès de la Cour Internationale de Justice, la Bolivie avait choisi de dialoguer de manière pacifique et dans le respect de la justice internationale. Par ses propos, il a de nouveau souligné que les arguments de la Bolivie et sa demande ne remettent pas en cause le Traité de 1904.

Ces discussions remettent au cœur du débat politique bolivien un thème qui possède une importante capacité mobilisatrice dans l'opinion publique. La perte de son littoral Pacifique, commémoréechaque année au mois de mars, capteen effet fortement l'intérêt commun et national en Bolivie. Le sociologue Jean-Pierre Lavaud, spécialiste de l'Amérique latine,imagine « mal la Bolivie abandonner sa rhétorique du retour à la mer tant elle fait partie intégrante d'un imaginaire national qu'elle contribue si puissamment à structurer ». À quelques jours des élections présidentielles, qui se dérouleront ce dimanche 12 octobre, le retour sur le devant de la scène de la revendication maritime pourrait bien renforcer le nationalisme bolivien. Et mobiliser encore davantage les soutiens à l'actuel Président de la République, Evo Morales.

Audrey SÉRANDOUR

* Toutes les images illustrant cet article sont issues de la vidéo publiée le 2 octobre 2014 par le Ministère des Affaires étrangères chilien.

mardi 11 mars 2014

Le Journal International n°12 disponible !



Ce mois-ci, le Journal International n°12 a été publié en version électronique. Vous pouvez désormais l'acheter en ligne, et découvrir l'article sur le Zimbabwe que j'y signe.

mardi 31 décembre 2013

Le Journal International n°11 dans les kiosques




En cette période de fêtes, le Journal International n°11 sort dans les kiosques ! Dans ses pages, des reportages en Ukraine, en Cisjordanie, mais également aux États-Unis ou encore en Asie du Sud-Est. J'y signe un carnet de voyage sur le Laos.

jeudi 24 octobre 2013

Le Journal International n°10 sort en kiosques !




Aujourd'hui, le Journal International n°10 sort en kiosques, faisant son grand retour sous forme papier ! Dans ses pages, vous pourrez découvrir des reportages sur des pays aux quatre coins de la planète : Corée du Nord, Turquie, Brésil, Australie. J'y signe également un carnet de voyage sur l'Antarctique. Autant d'articles qui "touchent du doigt la richesse de l'autre, la complexité du monde".

vendredi 16 août 2013

Inde-Pakistan : une cérémonie aux allures martiales




Haut les couleurs ! Le public agite de nombreuses petites bannières ce soir, à Wagah, pour la cérémonie du baisser de drapeaux. À l'unique poste frontière terrestre entre l'Inde et le Pakistan, ce rituel quotidien donne lieu à une confrontation symbolique entre les soldats des deux pays.

Découvrez l'article en intégralité sur Le Journal International.


mardi 16 juillet 2013

Salar d'Uyuni : un désert de sel au cœur de l'Altiplano



Depuis l'île d'Inkawasi, j'observe l'immensité qui m'entoure. Une vaste étendue, plate et irrégulière, s'étire sur des milliers de kilomètres carrés. Pourtant, ce n'est pas un océan, mais un désert. Un désert de sel.

Découvrez l'article en intégralité sur Le Journal International.


mardi 2 juillet 2013

Les chiffonniers de Phnom Penh


Depuis quelques jours, une famille khmer a élu domicile à l'ombre de notre véhicule, où elle profite d'un peu de fraîcheur.
Adultes et enfants se sont installés sur quelques nattes, posées à même le sol. Des carrioles, quelques morceaux de tissus et ustensiles, ainsi que des bouteilles d'eau constituent leurs seuls effets personnels.

Découvrez l'article en intégralité sur Le Journal International.


mercredi 26 juin 2013

Voyage en plein désert de Nubie



Le goudron s'efface à mesure que les kilomètres défilent au compteur. Le désert de Nubie s'impose, en silence. Durant les trois jours de traversée, la voie de chemin de fer qui relie Khartoum, au Soudan, à Wadi Halfa, en Égypte, sera notre unique compagnon de voyage.

Découvrez le récit de cette traversée du désert de Nubie et du lac Nasser sur Le Journal International



samedi 23 mars 2013

Quand les reliques de Bouddha voyagent


Au-delà de l'Orient, beaucoup plus loin que la Mer noire, au cœur de l'Himalaya, les Zanskarpas ont revêtus leurs plus beaux habits. Les femmes arborent le peyrac, la coiffe traditionnelle, sorte de long couvre-chef incrusté de turquoises, qui se transmet de mère en fille. Les hommes portent également leur tenue traditionnelle et les moines bouddhistes sont venus nombreux. Certains arrivent amassés dans des bus, d'autres voyagent à pied. Des monastères perchés dans les montagnes et des villages blottis contre les pentes, tous convergent vers le fond de la vallée himalayenne du Zanskar, dans les environs de Padum, où règne une paisible atmosphère. Dans un pas lent et respectueux, les habitants du « petit Tibet » se dirigent vers une maison traditionnelle. Et tandis que chacun s'occupe patiemment, deux hélicoptères se détachent soudain du bleu du ciel. Les appareils arrivent de New Delhi, la capitale indienne. Ils transportent des reliques du Bouddha, habituellement conservées au Musée national. L’arrivée de ces reliques sacrées est un événement important pour les Zanskarpas, une occasion de se retrouver. Durant l'hiver, ils vivent reclus dans leurs villages, contraints de demeurer chez eux. En effet, à une altitude de 3500m, le froid est rude et les températures peuvent chuter jusqu'à -20°C ou -40°C. Dans ces conditions extrêmes, les routes sont fermées, les cols bloqués et la seule voie de circulation reste le fleuve Chaddar, qui est gelé. Ainsi, les Zanskarpas marchent sur le fleuve gelé pour circuler dans la vallée. Cependant, la majeure partie du temps, ils restent cloîtrés dans leurs maisons, à boire du thé, le chai. Durant la saison froide, les enfants ne vont pas à l'école, mais restent auprès de leur famille et de leurs animaux. Les yaks réchauffent l'atmosphère. Chacun raconte des histoires.

Aujourd'hui, la visite des reliques dans la vallée est une occasion pour tous de sortir et un moyen d'affirmer les croyances bouddhistes de la région, en opposition à l'islam qui cherche également à s'imposer dans la vallée du Zanskar. Petit à petit, une file se forme près de la maison qui va accueillir les reliques de Bouddha durant la journée. Chacun prend place dans les rangs, sans tenter de prendre de l'avance ou de gagner du temps. Disciplinés et respectueux, ils sourient. Sous le soleil frais des hauteurs, ils attendent patiemment leur tour. Une fois à l’intérieur, le silence est de règle. Les Zanskarpas défilent un à un devant les reliques, déposant en offrande une écharpe blanche près de l'autel. Les reliques sont constituées de quatre petits morceaux d'os, des phalanges de Bouddha, disposées sur une sorte de pyramide en carton. Mais on ne s'attarde pas, afin de laisser la place aux suivants. A la sortie, des hommes offrent à chacun une pincée de noix et de riz.

dimanche 24 février 2013

Un ballon rond au pôle sud


Piétinée, la neige devient molle et nos traces de pas se transforment en d'innombrables flaques béantes. Le ballon roule difficilement sur ce terrain capricieux et humide. Les équipes ukrainiennes et franco-australiennes improvisées s'affrontent sur un terrain improbable. Mes coéquipiers et moi tombons autant de fois que nous tentons d'atteindre le ballon. Dans la fraîcheur polaire, les joueurs ukrainiens, français et australiens de chaque équipe s’élancent sans relâche, heureux de se livrer à une activité collective, dans ses terres isolées. Nous sommes à Vernadsky, base scientifique ukrainienne située sur l'archipel Argentine, en Antarctique. Le continent blanc. Le continent le plus froid, le plus venteux et le plus sec de la planète. C'est en tant qu’équipière du voilier français Podorange  que je suis passée au large du Cap Horn et ai navigué à travers les cinquantièmes hurlants,pour parvenir jusqu'ici. A Vernadsky. C'est depuis cette station, qui était à l'origine anglaise, que fut observé pour la première fois le trou dans la couche d'ozone, dans les années 1980. La base a été reprise par les Ukrainiens en 1996 et la douzaine de scientifiques présents aujourd'hui étudient toujours la composition de l'air, dont ils font des relevés toutes les cinq minutes. La veille, ils nous ont fait visiter leurs locaux, constitués de laboratoires scientifiques, de lieux de vie et de locaux techniques. Ce complexe d'une dizaine de bâtiments est installé sur des fondations rocheuses. Avec pour voisins manchots, phoques et baleines.

La station de Vernadsky est la plus ancienne de la région de la péninsule Antarctique. Les Ukrainiens de la base effectuent des séjours d'une quinzaine de mois sur le continent. Ils s’intéressent à l'ionosphère, la magnétosphère, le géomagnétisme, la météorologie, la glaciologie et font des recherches sur l'ozone. Mais après l'hiver, ils apprécient l’activité et l'animation que leur apportent les rares voiliers qui viennent mouiller près de la base. Et pour l'heure, scientifiques et marins partagent un moment unique. La partie de foot ne va cependant pas durer très longtemps, car nous nous épuisons rapidement dans cette neige où l'on s'enfonce facilement. Après le match, nous rentrons dans la base pour boire un thé et sécher nos vêtements humides. En cette fin d'après-midi de janvier, la station est baignée d'une atmosphère sereine.

Après trois jours passés avec les scientifiques de Vernadsky, nous levons l'ancre du mouillage de Stella Creek et repartons vers le Nord. Un mois de navigation le long des côtes antarctiques, et Podorange doit maintenant rentrer au port d’Ushuaïa. Je retrouve les terres peuplées de l’Amérique du Sud, avec déjà, l'envie de retourner en Antarctique. Dans son ouvrage Le Français au Pôle Sud  (1906), l'explorateur Jean-Baptiste Charcot se demandait « D’où vient cette étrange attirance de ces régions polaires, si puissante, si tenace, qu’après en être revenu on oublie les fatigues morales et physiques pour ne songer qu’à retourner vers elles ? ». Une interrogation que je partage désormais.

dimanche 27 janvier 2013

Freddy, exilé clandestin au Costa Rica


Ce soir, Freddy a décidé de se confier, de me raconter son histoire. Les ombres s'allongent sur la plage costaricaine de Playa del Coco, le soleil glisse lentement derrière l'horizon, nous nous asseyons et dans un espagnol timide, le pêcheur me retrace les événements qui ont marqué sa vie. Freddy vient du Nicaragua, pays voisin du Costa Rica, où il s'est marié et a eu un fils, avant de divorcer. Il me brosse un piètre portrait du Nicaragua, pays pauvre où les habitants souffrent de famine et où les conditions de vie sont difficiles. Pour ces raisons, Freddy décide de quitter son pays natal, en 1989, et de se rendre au Costa Rica, souvent surnommé « cinquante-et-unième état des États-Unis ». Bien que sans papiers, il trouve du travail et vit de la pêche. Cependant, tous les soirs sur la plage, il boit et se soûle. Une grande part de l'argent qu'il gagne est dilapidée dans l'achat d'alcool. Il est sale, vit pieds nus... Sa vie se déroule au rythme des pêches et des retours en ville, alternant des séjours de quatre jours à terre, puis une quinzaine de jours en mer. Si la pêche est bonne, Freddy et ses coéquipiers peuvent ne passer que trois jours en mer. De retour à Playa del Coco, la vente de leurs poissons leur rapporte environ 4 millions de colónes, selon le cours, soit environ 6000 euros. Sur cette somme, un million sert à l'achat des vivres et le reste est divisé en deux : une moitié pour payer le fuel et l'entretien du bateau, l'autre moitié pour les pêcheurs.

Un soir, de retour à terre après une excellente pêche, Freddy retrouve des amis sur la plage. Ils s’installent sous un grand arbre et commencent à boire. Attirés par le bruit, des officiers de l’immigration qui passaient dans la rue s'approchent et s'arrêtent près du groupe. L'un d'eux se tourne vers Freddy et lui demande ses papiers. Freddy vit ici clandestinement et n'a donc aucune pièce d'identité à présenter à l'officier... Il est mis en prison, puis renvoyé au Nicaragua, comme une vingtaine d'autres personnes se trouvant dans le même cas.

Freddy va rejoindre à pied la ville de San Juan del Sur, sur la côte nicaraguayenne. Là-bas, il travaille en tant que pêcheur, mais ne gagne pas suffisamment d'argent et est toujours aussi sale. C'est ainsi que la police le prend pour un clochard et l'attrape pour le mettre en prison. De nouveau... et cette fois-ci dans son propre pays ! Freddy est accablé. Quand il ressort enfin de prison, Freddy repart en mer. Il navigue à bord d'une chaloupe de pêcheurs, accompagné de trois coéquipiers. Mais au bout de seulement deux jours de pêche, le bateau tombe en panne : le moteur est cassé ! Les nicaraguayens de peuvent plus avancer ni se diriger, ils sont contraints de laisser leur embarcation dériver. Les vents et les courants vont les mener dans les eaux costaricaines, où ils rencontrent des amis de Freddy en train de pêcher. Voyant leur ami en difficulté, ces derniers appellent la marina de San Juan del Sur à la radio. Ils demandent un bateau supplémentaire pour rapatrier les Nicaraguayens. Rapidement, le bateau demandé arrive et prend en charge l'embarcation de Freddy et ses coéquipiers, afin de la ramener à bon port. Mais Freddy ne souhaite pas rentrer au Nicaragua et au moment où son bateau s'en va, il saute sur la chaloupe de ses amis costaricains ! Une fois de plus, il est en route vers le Costa Rica, ce pays synonyme de survie.

Les nicaraguayens sont des milliers à se tourner vers le Costa Rica pour assurer leur existence. Si historiquement ce mouvement était du aux violences de la dictature d’Anastasio Somoza ou à la guerre des années quatre-vingt, cette expatriation devient économique à partir des années quatre-vingt-dix. Seule la moitié de ces nicaraguayens immigrés au Costa Rica auraient un statut légal. De plus, ils sont plutôt mal vus par la population costaricaine, qui voit en eux des alcooliques ou des voleurs, qui seraient violents et ignorants. Mais, bien qu'il ait encore du mal à gérer cette immigration avec calme, le Costa Rica a besoin de ces immigrants pour maintenir son économie. Actuellement, il est l'un plus riches pays d’Amérique latine. Il y a maintenant plus de soixante ans, le Costa Rica fut le premier pays au monde à proclamer l'abolition de son armée, ce qui lui a permis de consacrer plus d'argent à l'éducation et la santé, mais aussi de garantir une certaine stabilité.

Après avoir vécu dans différentes villes du Costa Rica, Freddy habite aujourd'hui à Playa del Coco, où il loue une chambre en bord de mer. S'il vit toujours de la pêche, il a cependant décidé de ne plus boire d'alcool, ce qui lui permet de disposer de plus d'argent et de s'habiller proprement. Ainsi, les policiers ne se préoccupent plus de lui.

Ce soir, sur la plage costaricaine de Playa del Coco, des hommes soûls rient et chahutent sous le grand arbre, à quelques pas de là. Ce sont des nicaraguayens, eux aussi venus chercher une vie meilleure de l'autre côté de la frontière. Freddy est fier de ne plus faire partie de ce groupe d'alcooliques, et il apprécie de pouvoir se confier à des voyageurs, pour partager son histoire. La nuit est tombée à présent, la mer est calme et en laissant nos regards balayer l'horizon, nous pensons aux pays natals que nous avons quittés. Neuf ans pour Freddy et le Nicaragua, sept ans pour moi et la France, tant d’années passées ailleurs sur la Terre, gardant le souvenir de nos origines.

samedi 5 janvier 2013

Nouveau regard




Bienvenue sur le blog "neomatia - nouveau regard" !

Doctorante en géographie à l'université Paris 1 - Panthéon Sorbonne, j'évoque ici mes voyages autour du monde, sous forme d’instantanés.

Créée en 2013, cette page avait initialement pour vocation de rassembler mes écrits journalistiques, à la suite d'un voyage autour du monde de 8 ans. Elle évolue pour recueillir désormais mes expériences scientifiques, qui se concentrent sur l'Amérique latine et la géographie politique des ressources naturelles.

Audrey Sérandour